Confessions d’une orthorexique

Je ne vous en parle pas souvent sur mon blog car c’est assez intime mais je souffre d’un trouble psychologique. Je suis  orthorexique. L’orthorexie est un trouble très méconnu mais il fait de réels ravages dans notre société. J’ai du mal à en parler car c’est un trouble très peu reconnu et j’ai eu besoin de beaucoup de temps pour donner un nom à mon comportement. Mais à un moment il faut arrêter de se leurrer et regarder la réalité en face.

Et il y a de cela quelques temps, j’ai enfin trouvé la force de me regarder dans le miroir pour le dire à voix haute : « Je suis orthorexique ». Cet aveu très intime et très personnel a créé une grande charge émotionnelle en moi ; un soulagement, surtout, de enfin pouvoir nommer mon comportement. Mais aussi une certaine honte. Honte de traîner ce trouble du comportement tel un poids… une ombre qui me suit depuis tellement longtemps…

Mais commençons par le début. Qu’est-ce donc l’orthorexie ?
Contraction des mots grecs « ortho » : correct, et « orexie » : appétit, l’orthorexie consiste à un contrôle obsessionnel de la nourriture ingurgitée, qui doit être parfaitement saine.

Vous dites quoi ?
Une blague ?
Nonon ! On ne rigole pas avec ces conneries. Bon, ok, mon orthorexie de moi bah c’est une GROSSE GROSSE blague ! Mais ce trouble mental n’est pas du tout une blague.
Le mot « orthorexie » est même à retrouver dans le Larousse depuis 2012. Et divers test sont trouvables sur le net, avec beaucoup de sérieux.

Regardons par exemple l’orthorexie de plus près. Comment peut-on déterminer si quelqu’un est sujet à ce trouble du comportement ? Voici les critères :

* Vous dites-vous que vous aimeriez bien de temps en temps pouvoir juste « manger » sans avoir à vous soucier de la qualité de votre nourriture ?
OUI ! Oui j’aimerai bien parfois me retrouver à Châtelet et pouvoir me trouver quelque chose de sain à manger autre que Fast Food ou pommes en plastique des stands de nourriture. Oui ! (1 point)
* Est-ce que vous souhaiteriez parfois consacrer moins de temps à la nourriture et plus de temps à vivre et à aimer?
Bah… non… fin j’aime la bonne nourriture c’est ça que vous voulez dire ? (0 point, c’est nul)
* Est-ce que ça vous semble au-dessus de vos forces de manger un repas préparé avec amour par quelqu’un d’autre – un seul repas – sans essayer de contrôler ce qui est servi ?
Oui ! Fin bon, pas « au-dessus de mes forces » mais plutôt « bof » quoi. Mon mari fait de bons steaks mais il fait aussi de très bonnes « frites réchauffées au micro-onde parce que j’avais pas le temps de manger sur place et que je voulais les partager avec toi ». Et puis le kebab préparé par Momo… c’est au-dessus de mes forces, oui (Bon, allez, 0.5 points pour la forme).
* Êtes-vous continuellement à la recherche de démontrer que la nourriture est malsaine pour vous ?
Oui ! Oui, je lis les compositions du bâton de berger au glucose et du leerdammer à la graisse de margarine ! (1 point)
* Est-ce que l’amour, le jeu et la créativité passent au deuxième plan après votre régime ?
Non. J’aime dessiner des visages souriants sur mes omelettes et cueillir des pissenlits pour en faire du sirop. (0.5 points)
* Est-ce que vous sentez de la culpabilité ou est-ce que vous vous dégoûtez vous-même quand vous déviez de votre régime ?
Oui ! Tain quand je mange une bonne pizza bien grasse et que je passe une demie-heure aux toilettes parce qu’elle ne veut plus sortir par l’autre côté, je m’en veux mais d’une force !!! (5 points)
* Est-ce que vous vous sentez en « contrôle » de votre vie quand vous respectez le régime « correct »
(déjà, j’aime pas tes guillemets, cher « specialiste ») OUI ! Avoir le contrôle de sa propre vie témoigne de troubles psychologique ? Ah… bon bah 10 points hein !
* Est-ce que vous vous mettez sur un piédestal nutritionnel en vous demandant comment les autres peuvent manger ce qu’ils mangent ?
Oui ! Quand j’ai vu les gens qui faisaient la queue pendant 2 heures pour aller au Burger King (moi j’ai fait la queue pendant 10 minutes nananèreuh) bah euh… je me sens un peu quelqu’un de supérieur avec ma carotte crue (1 point)

Ce test hautement scientifique du site de Cosmo du Centre national des troubles alimentaires m’indique donc bien que je suis orthorexique.

Pour les gens qui ne suivent pas : on est d’accord, pour moi c’est une grosse blague. Ca fait quelques années maintenant que la profession médicale nous invente des maladies à tout bout de champs pour pouvoir justifier la production de psychotropes. L’orthorexie en est une. Les professionnels sont d’ailleurs déçus de voir que ce sévère trouble alimentaire ne figure pas dans la version la plus récente du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (Manuel statistique des troubles mentaux), la bible psychiatrique des Etats-Unis car ils prennent ce trouble très au sérieux (pas comme moi). Cette bible utilisée pour diagnostiquer environ tout comportement humain normal pour pouvoir le soigner efficacement.

Folle? Moi? Jamais!

Folle? Moi? Jamais!

Mais qu’est-ce qui rend ce genre d’idioties crédible auprès du grand public ?

1. Un joli nom vague.
Orthorexie. C’est poétique, ça a du rythme, c’est swag !. Et ça marche encore mieux quand ça veut rien dire. Concrètement « orthorexie » veut dire « appétit correct ». On pourrait donc croire que c’est l’anti-anorexie. Sauf que non.

2. La subjectivité du diagnostic
Toute la subtilité de ce « trouble » (parmi d’autres) se trouve dans le mot « obsessionnel » ; les personnes qui passent plus de trois heures par jour à penser à la qualité de leurs aliments, par exemple. Et tout le monde sait à quel point la psychiatrie est une science exacte et à quel point le comportement obsessionnel est un comportement mesurable.

3. Accentuer la sévérité des conséquences pour accentuer la sévérité du trouble
En l’occurrence, le site de Larousse nous indique bien au sujet de l’orthorexie que « Les conséquences physiques sont variables voire nulles […]. Les conséquences sociales sont beaucoup plus lourdes : la recherche obsessionnelle de perfection […]interdit pratiquement toute vie sociale. » Donc en gros tu es super en bonne santé mais c’est mal parce que tu vas pas au MacDo.

4. Un grand manque d’informations concrètes et pertinentes
Dire que les études ne sont pas encore concluantes, par exemple, mais que les experts confirment que… ou des témoignages poignants nous indiquent que…
Ah et très efficace semble aussi le fait de cibler des groupes le population. En l’occurrence, pour l’orthorexie, les gens les plus atteints sont les femmes et les sportifs. Tu sais, les gens qui en fait préparent à manger et bougent pour rester en bonne santé.

Pour ceux qui ne croient toujours pas qu’il ne s’agit pas d’une blague voici le journal télévisé de France 2.

Par bon billet, je n’ai aucune envie de ridiculiser les orthorexiques, les gens souffrant de troubles mentaux ou psychologiques ou les psychia… ah en fait sisi, j’ai vraiment envie de ridiculiser les psy quand-même. J’ai eu ma dose de psychiatres et psychologues en thérapie et on m’a formellement indiquée que j’avais une personnalité borderline (trouble caractérisé par des émotion violement variables, une instabilité dans les relations interpersonnelle et l’identité de soi) et que j’étais bipolaire (trouble de fluctuation des humeurs, même si à l’époque on utilisait le terme maniaco-dépressive). Moi ça me botte bien ces diagnoses. Mais c’est bien parce que ça me fait rire et que je ne les prends absolument pas au sérieux.

Un jour, j’irai bien à nouveau voir un psy. Juste pour voir si je suis toujous aussi tarée qu’on me l’avait indiqué il y a dix ans. Et pour voir si j’arrive à me faire recevoir un diagnose des troubles suivants, qui sont effectivement catégorisés dans le grand manuel des troubles mentaux version 5 datant de 2013 :

* Les troubles du sommeil induits par la caféine
* Les problèmes de relations fraternelle
* Le trouble mathématique
* Le trouble prémenstruel dysphorique (« dysphorie » = un sentiment d’incomfortabilité)
et mon préféré
* Le trouble de la défense oppositionnelle, catégorisant les enfants qui s’opposent à la hiérarchie parentale

Voilà ! Vous savez tout : je suis une grande malade !!! Et j’espère que vous appréciez ma folie parce que c’est pas à un psychiatre que je vais faire confiance pour me guérir !

Plus d’infos sur Arte

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